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France 3 : La cohabitation du bâti ancien et du bâti contemporain est-elle possible ?

France 3 : La cohabitation du bâti ancien et du bâti contemporain est-elle possible ?

France 3 : La cohabitation du bâti ancien et du bâti contemporain est-elle possible ?
France 3 : cohabitation bâti ancien bâti contemporain

Peut-on faire cohabiter les bâtiments et monuments anciens et les bâtisses contemporaines ? Des “verrues architecturales” modernes défigurent en effet souvent la cohésion et l’esthétique des centres-villes historiques. Les matériaux, de certaines constructions « bon marché » d’après guerre ou plus coûteuses et plus prétentieuses de ces dernières années, vieillissent aussi souvent mal avec le temps. 

Pourquoi saccage-t-on la cohésion architecturale de nos villes, en dépit du bon sens et souvent en l’absence de véritable concertation ? Que peut-on faire en la matière ? Le 3 juin 2006, Philippe LAMY, Président de LAMY Expertise, est l’invité spécial de l’émission “Les pieds sur Terre”, diffusée sur France 3, afin de nous éclairer sur cette problématique.

Les impacts des verrues architecturales

LAMY Expertise est sollicité dans le cadre de cette émission, pour son expérience dans la construction, sous l’angle des aspects technique et économique.

 

“Là où le sujet qui nous intéresse aujourd’hui peut interférer avec ma vision et mon expérience, c’est que, écologie et économie sont souvent des domaines liés.”, explique Philippe LAMY. Et d’ajouter : “lorsqu’on a des bâtiments qui ont une durée de vie qui ne correspond pas à leur cycle de noblesse et de beauté, on garde dans le paysage, pendant des années, des bâtiments à l’agonie, qui défigurent notre paysage. Or, s’il existe des « cimetières automobiles », qui concentrent les vieilles carcasses, avant leur recyclage, il n’existe rien de tel, pour les bâtiments en fin de vie. Et leur agonie se fait, au vu et au su de tous, sur leur lieu d’implantation d’origine. C’est comme si on devait supporter que les carcasses de voitures éventrées jouxtent les véhicules sains, le long de nos rues ! Il en va également ainsi des folies d’un temps ou d’une mode qui, passée cette mode, continueront pendant des lustres à pourrir nos centres villes ; c’est-à-dire tant que leur matériaux de structure tiendront le coup ! Beaubourg ou l’opéra Bastille sont, par exemple, ainsi condamnés, soit à des travaux de maintenance répétés, lourds et coûteux, soit à nous imposer leurs façades défraichies et dégradées… dans le même temps où les immeubles haussmanniens qui les jouxtent, défient les siècles. »

 

C’est ce qu’on appelle des verrues architecturales. Souvent démodées, elles peuvent avoir non seulement un impact négatif sur la valeur de leur propre terrain d’assise, mais aussi sur les bâtiments qui l’entourent (décote sur l’attractivité du quartier).

“En architecture, on n’utilise pas le retour d’expérience”

Philippe LAMY est souvent confronté à ces aberrations en construction : “les bâtiments industriels, jusqu’aux années 70, avaient des formes simples, et un toit à deux pentes, qui évacuait les eaux pluviales, hors du périmètre de l’emprise du bâtiment. Depuis 1968, on fait des toits plats, et l’eau coule à l’intérieur du bâtiment. Ce sont des facteurs de désordres et de coûts d’entretien importants. C’est une aberration qui montre simplement qu’en architecture, on n’utilise pas le retour d’expérience.”

Un exemple de la difficile cohabitation entre bâti ancien et bâti contemporain : Béthune

Le Beffroi de Béthune, dans le Pas-de-Calais, a été classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Épargné pendant la guerre de 14-18, le Beffroi est l’orgueil des Béthunois. Pourtant, au pied de cet édifice médiéval, sur la Grande Place, un marché couvert, c’est-à-dire un bâtiment contemporain, devait voir le jour, fin 2006.

 

Alors que le maire, Jacques Mellick, est enchanté par ce projet, certains habitants y sont totalement opposés. “Il y a certainement autre chose à faire sur la Grande Place que construire un marché couvert, qui n’aura pas la même allure qu’un Beffroi de Béthune.” déclare une béthunoise. « Peut-on imaginer que cette architecture aussi laide qu’arrogante s’imposent aussi longtemps à la vue, que le beffroi lui-même ? Et surtout, peut-on sincèrement le souhaiter ? »

 

D’autres habitants paraissent moins catégoriques : “À force de toujours restaurer ce qui est passé, quelles traces laisserons-nous de notre époque, de notre modernité pour nos enfants et notre Histoire ?” Ou encore d’autres avis : “Après tout, ce n’est peut-être pas plus mal.”

Pour Philippe LAMY : “Ce n’est pas parce qu’on veut absolument laisser une trace architecturale de son époque, pour l’Histoire, qu’il faut laisser construire n’importe quoi. Si, dans une époque de vide littéraire, on se mettait à vouloir décerner le Goncourt à un électro encéphalogramme, par souci de modernité, le monde crierait au scandale. […] M. le maire de Béthune ferait mieux de voir s’il n’y a pas des architectes plus créatifs, qui amènent quelque chose de neuf, mais dans le bon sens du terme.”

Architecture : les notions de localisation et de cohésion de site

Pour que le bâti ancien et le bâti contemporain puissent cohabiter, il faut prendre en compte la notion de localisation. “Si vous faites cohabiter ces deux bâtis, à des kilomètres, et si l’on peut se déplacer, d’un site à un autre, on peut tout imaginer ! Comme avoir un centre type Disneyland à quelques kms d’une ville médiévale. Mais si c’est sur le même site, c’est comme greffer des phares de traction sur une Bugatti “, affirme Philippe LAMY. La notion de respect de la cohésion de site est, pour moi, importante.

 

Exemple : Varades, et le quartier de la Meilleraie. Ce quartier est composé de maisons typiques de pêcheurs. Une centaine d’entre elles ont l’attention particulière de la municipalité, qui souhaite à la fois préserver son patrimoine architecturale, l’Histoire de ce village et la qualité de son environnement. L’originalité de chaque maison, de chaque époque ont été préservées. “L’architecture raconte et définit son histoire” conclut Philippe LAMY.

Les produits locaux pour une architecture durable

Pour une architecture durable, il faut se soucier non seulement de la préservation de l’environnement, mais aussi des notions d’économie. LAMY Expertise a été consulté par une province chinoise, pour établir un plan de construction, à un moindre coût et avec un maximum de confort pour la population. “Il faut revenir à des choses essentielles. Il n’est pas question, en Chine, de mettre des parois de verre, qui génèrent des sinistres. Pas question de mettre du verre fumé, qu’on importerait du bout du monde.” Le Président de LAMY Expertise préconise l’utilisation de produits locaux. “Région par région, en fonction d’impératifs climatiques différents, de ressources naturelles en matière de matériaux locaux différentes, l’architecture est toujours influencée par ce qui se trouve sur place.”

 

Ce qu’il faut retenir pour Philippe LAMY : “Il faut partir d’une démarche de grande humilité, prendre ce qui « marche » localement, identifier les matériaux locaux, à disposition… Et faire l’inverse de ce qui se fait en France : C’est-à-dire tout faire (et n’importe quoi) pour laisser une trace, à la postérité. Ce qui fait la honte de nos centres-villes et les déshonore, c’est l’orgueil démesuré de quelques « grands » architectes, en cours auprès d’élus, tout aussi mégalomanes et désireux de signer leur passage.”

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